TYPES DE DÉGRADATION DES TERRES AU GOUVERNORAT DE SILIANA

La dégradation des terres est un phénomène visible et tangible qui a un impact direct sur les moyens d’existence des populations de Siliana. Les principaux types de dégradation des terres à Siliana sont l’érosion hydrique et la perte de la fertilité des sols, et se manifestent sous les formes suivantes :

  • L’érosion en rigoles, comme les ravinements, sont les principaux types de dégradation des terres. Elle fait perdre la partie supérieure la plus fertile des sols, puis conduit à exploiter la partie la moins fertile du sol. Sur les sols peu profonds, cela peut dénuder les sols jusqu’au socle rocheux et conduire à la perte totale du potentiel productif.
  • Les ravinements provoquent une perte totale des terres agricoles. Les champs, qui sont déjà petits, continuent à se fragmenter et leur accès peut devenir encore plus difficile. Les ravinements non traités peuvent s’étendre rapidement durant les ruissellements intenses.
  • La perte en sol de surface réduit la matière organique des sols, et avec elle, la capacité d’échange de base et la capacité de rétention des sols. La structure des sols peut être sévèrement endommagée. Les sols deviennent habituellement plus acides et beaucoup moins fertiles et productifs. Ce qui réduit le couvert végétal et rend le contrôle de l’érosion plus difficile.
  • La minéralisation des matières organiques du sol, résultat des mauvaises pratiques culturales qui diminuent la capacité des sols à retenir les éléments nutritifs essentiels pour la croissance des plantes et l’eau, rendent les cultures plus susceptibles à la sécheresse. La structure des sols peut être sévèrement affectée. Les sols deviennent souvent plus acides et beaucoup moins fertiles et productifs.
  • La réduction des matières organiques conduit à une moindre perméabilité de nombreux sols, avec des taux d’infiltration plus faibles, et moins de reconstitution des nappes phréatiques et des taux élevés de ruissellement avec une érosion accentuée.
  • La surexploitation des éléments nutritifs du sol est un phénomène typique de la dégradation des terres dans la culture des céréales à Siliana, qui conduit à une faible productivité.
  • la diminution de la couverture végétale des sols, spécialement la végétation herbacée et la litière. Les plantes fourragères à forte valeur nutritive sont remplacées par des espèces ayant peu de valeur nutritionnelle. La majorité des herbacées pérennes nutritives sont remplacées par les herbes annuelles. Sur certains sites, les herbes sont remplacées par la végétation boisée.
  • Le surpâturage élimine toute ou la majorité de la régénération naturelle de nombreuses espèces d’arbres. Par exemple, sur la majorité des sites, les chênes verts survivent à peine, étant broutés dès leur germination.
  • Augmentation de l’érosion hydrique avec rigoles et ravins. Augmentation des ruissellements, érosion des sols et sédimentation des réservoirs (ex. Réservoir de Lakhmas).
  • Perte de la productivité des écosystèmes. Perte de l’intégrité et des fonctions des écosystèmes. Perturbation des cycles naturels.
  • Perte de biodiversité et simplification des écosystèmes. Certaines forêts sont composées de peuplements très denses d’espèces non adaptées, en particulier les pins d’Alep.

 

 

CAUSES DE DÉGRADATION DES TERRES AU GOUVERNORAT DE SILIANA

 Les investigations de terrain, réalisées au sein du Gouvernorat de Siliana, ont permis d’élucider les différentes causes de dégradation des terres, à savoir :

  • L’accès libre non réglementé au bétail sur les terres domaniales des pâturages et des terres boisées élimine toute possibilité de gestion durable des pâturages. L’accès des terres privées non divisées aux membres de familles élargies et clans qui possèdent les terres. Il n’existe aucun contrôle efficace du nombre et du type d’animaux ou de la durée de leur utilisation des pâtures entraînant un surpâturage modérément à fortement répandu.
  • Surcharge : le nombre de tête/ha fait que les pressions pastorales ne sont pas durables et vont au-delà des capacités de charge durables des pâturages et terres boisées.
  • Conditions écologiques nécessaires pour une bonne régénération naturelle des forêts et des espèces herbacées ne sont pas remplies avec le pâturage libre.
  • Les utilisations des terres agricoles ont été développées sans respect de la capacité des terres.
  • Les pentes escarpées avec des sols érodables sont cultivées chaque année sans mesures appropriées de conservation des eaux et des sols.
  • la pauvreté et le manque de moyens d’existence alternatifs obligent les populations à exploiter les terres et les ressources naturelles de manière non durable, même lorsqu’elles sont pleinement conscientes que ces utilisations ne sont pas durables.
  • Les petits exploitants appauvris manquent de capital nécessaire pour investir dans les pratiques agricoles durables, limitant leur utilisation de fertilisants et les autres amendements des sols nécessaires pour maintenir la fertilité des sols.
  • La conservation des sols et de l’eau n’est pas adaptée, spécialement au niveau des bourrelets de contour construits mécaniquement quelque soit leur taille (moyenne à large). La majorité des bourrelets de terre n’ont jamais été stabilisés avec des couvertures végétales productives multi-objectifs.
  • Des techniques agricoles inappropriées, dont entre autres : cycles répétés de céréales et jachères, peu ou aucune culture fourragère de légumineuses dans les rotations des cultures, mécanisation inappropriée (les charrues à disque sont mauvaises pour la structure des sols), amendements insuffisants des sol/fertilisation/remplacement des éléments nutritifs.
  • L’élevage et la production animale ne sont pas bien intégrés à la production céréalière. Utilisation insuffisante/inefficace du fumier animal et intégration insuffisante des cultures fourragères dans les systèmes agricoles.
  • L’impact des changements climatiques : ce facteur est crucial pour toute la Tunisie. En effet, pour le Gouvernorat de Siliana, ces changements globaux perturberont davantage le régime des pluies, ainsi que les températures, ce qui aura des conséquences encore plus désastreuses sur l’érosion hydrique et la gestion des terres.